avril 20

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De la vénération de la technique

By ManuBZH

avril 20, 2020


Sur mon ancien blog, j’avais décrit mon matériel photo. J’avais présenté quasiment tout ce qui se trouve dans mon sac (il faudrait d’ailleurs que j’en réécrive un, ça a un peu évolué depuis).

J’ai écris “quasiment”, car j’avais subrepticement omis de faire figurer dans cet inventaire quelques objets que je jugeais un peu accessoires : l’appareil photo et les objectifs que j’utilise.

Visiblement, cette omission n’est pas passée à côté de certains. Le plus gentil a juste trouvé dommage que je n’aille pas plus loin en ne présentant pas mon appareil, mais d’autres m’ont prestement demandé de décliner son état civil !

Je précise que ces demandes ont courageusement été formulées par message privé sur Insta ou Twitter (pas sur Facebook, vu que là-bas, peu nombreux sont les gens qui arrivent à cliquer sur un lien et soumettre leur cerveau a un article comprenant des mots à lire). La section “commentaires” de l’article est pourtant ouverte, mais elle oblige le commentateur à se passer de son audacieux anonymat pour m’interpeller.

La technique comme moyen de s’affirmer

Il va sans dire que ce petit test a été très instructif sur la primauté que portent la majorité des photographes sur la technique plus que sur les photos elles-mêmes.

Certains vont même jusqu’à s’identifier en fonction de leur appareil et de leur matériel photo.

Je me suis livré à une petite enquête sur les profils et les bios que l’on peut lire sur Instagram.

En principe, vous décrivez dans une biographie qui vous êtes, ce que vous faites, etc.. Certains visiblement ont fusionné avec leurs appareils au point que c’est le seul moyen qu’il leur reste de se concevoir et de se présenter. Leur conscience d’eux-mêmes passent par leur appareil, c’est fascinant :

  • Qui es-tu, que fais tu dans la vie ?
  • Je suis Canon eos 650D et je fais iPhone X. J’ai une vie merveilleuse.”

Je vous ai extrait un petit florilège totalement aléatoire :

En photo, il existe des débats fondamentaux

Je pourrais parler aussi de ces débats dantesques qui animent les adorateurs de la technique, et qui leur permet de défendre un point de vue qui laissera autant de trace dans l’histoire de la photo que Nicolas Canteloup dans l’histoire de l’humour.

  • le match full frame / APS-c / Micro 4/3
  • Focale fixe / zoom
  • Reflex / hybride

Un adorateur de la technique aura aussi son mot à dire sur le piqué d’un objectif, surtout dans les coins de la photo. Il regarde les photos au microscope pour traquer le moindre défaut de netteté. C’est très important pour une photo qui sera ensuite publiée sur Instagram, compressée à mort et réduite à un format de quelques cm².

Accros aux logiciels

Mais adorer la technique pour ce qu’elle est ne suffit pas.

En effet, prendre une image avec du bon matériel photo n’apporte pas vraiment de gratification tant qu’elle n’est pas passée par la retouche logicielle. Il existe une vraie osmose entre l’adorateur, son matériel et ses logiciels.

Les logiciels, c’est magique. Ça permet de traquer le bruit d’une photo, de désaturer les couleurs, voire appliquer un preset orange and teal de bon goût. Il n’est pas pour eux de bonheur photographique sans comparaison d’histogramme ou de débouchage des noirs.

Le Graal consiste à combiner le plus possible de techniques différentes, genre réaliser un panorama en HDR d’une Voie Lactée.

Graal achieved ! © Matthieu Selme

La poésie des EXIF

Tout ce déballage technique a quand même une finalité : prendre des photos. Ouf, l’essentiel est préservé ! Sauf que l’onaniste du pixel a encore des ressources pour ennuyer tout le monde et placer un bout de technique.

Quand il affiche fièrement une photo sur Facebook, Flickr ou n’importe où, l’essentiel n’est pas le sujet de la photo. Le sujet de la photo est juste un prétexte pour déballer toute la poésie des EXIF de la photo, avec le plus de détails possibles.

Canon EOS 650D, zoom 18-55 stabilisé, ISO 400, ouverture F/5.6, 1/32s, 25mm, compensation -1/3 EV, mode priorité ouverture, flash désactivé.

NISI filter ND64, processed with Lightroom.

Jean-Michel Branleurdepixels

Sans déconner, dans la vraie vie, ça intéresse qui de savoir tout ça ?

Je suis loin d’être un fin connaisseur de l’histoire de la photo, je ne fréquente pas autant que je voudrais les expos, mais je crois n’avoir jamais vu que ces données soient affichées ou aient présenté un quelconque intérêt pour les visiteurs.

La résurgence du c’était mieux avant

On pourrait se dire que cet adoration de la technique trouve son origine avec la photo numérique et la course marketing à l’échalote pour nous faire acheter le prochain machin.

Las, le retour en fanfare de la photo argentique a créé de nouveaux spécimens d’adorateurs de la technique et du matériel photo.

La seule différence, c’est qu’on se compare en fonction des pellicules, des formats, des potions magiques pour développer les images, etc…

Les EXIF n’existent évidemment pas, mais il y a heureusement des palliatifs : il suffit d’afficher fièrement son appareil, le type de pellicule utilisé, la marque du papier qui sert au tirage…

Bref, c’est à peu près la même chose, le côté faussement vintage en plus avec une pointe de sentiment de supériorité “je fais de la vraie photo, moi”. 

La technique est donc inutile ? Non, mais…

Qu’on se comprenne bien, je n’ai rien contre la technique elle-même. Elle est essentielle, il faut en connaître un minimum pour espérer sortir des images qui vous plairont.

Le problème, c’est quand elle passe au premier plan et devient la raison de photographier. L’exhibition des compétences techniques devient plus importante que l’image qu’elle est censée produire. Le moyen devient plus important que le résultat.

Mon matériel photo est minimaliste et dépassé, et pourtant…

Personnellement, j’estime avoir peu de technique, mais ça me suffit pour ce que je fais : je shoote à 95% en mode semi-automatisé (priorité ouverture ou priorité vitesse), le 5% se répartissant entre le mode automatique et le mode manuel.

Côté matériel photo, j’utilise toujours mon vieil hybride sur lequel j’ai monté une focale fixe, qui me sert à la photo de tous les jours et la photo urbaine. Une bonne moitié de ma série Noctambulages est réalisée avec celui-ci.

Je possède aussi un autre modèle, plus récent, qui me sert pour tout le reste. Côté objectifs, j’utilise toujours les objectifs fournis en kit avec mon premier appareil – ils ont plus de 10 ans et se portent toujours bien. La seule “folie” que j’ai faite a été de compléter cet ensemble d’un ultra grand angle. Yaou yaou.

Je ne fais pas plus de folie avec la partie logicielle, je reste fidèle à DXO Photolab, encore plus maintenant que je me suis débarrassé de Lightroom.

Ce bagage somme toute assez minimal me permet d’obtenir les images que je veux, sans passer de temps à m’interroger sur la technique. Un branleur de pixels aurait sans doute plein de trucs à redire sur mes images, mais, finalement, leur avis n’a que peu d’importance.

Oubliez la technique, et faites des photos !

Je termine par cette photo qui est une des premières que j’ai considérée comme valable. C’est ce que j’appelle de la photo complètement opportuniste, prise en mode automatique. Je n’avais que quelques secondes disponibles, le rai de lumière apparaissant et disparaissant au gré des nuages et du vent. Dans ces conditions, je n’avais pas vraiment le temps pour tergiverser sur les réglages optimaux. Si je l’avais fait, voici ci-dessous photo que j’aurais obtenue :

(rien)

La photo n’est pas parfaite, certes, mais elle existe, et a connu son petit succès (et elle orne fièrement la résidence d’une sympathique acheteuse).

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